La crise du travail est une crise du sens :Thomas Coutrot et Coralie Perez, Ed du Seuil, novembre 2022

 Une inspiration théorique à chercher du côté de l’ergonomie, de la sociologie et de la psychologie du travail.

Une référence explicite à la psychodynamique du travail, telle que développée par Christophe Dejours et Yves Clot, permettant d’identifier les constituants du sens du travail. Loin des conceptions doloriste -le travail comme peine- ou utilitariste — le travail comme renoncement au loisir contre salaire-, il s’agit de le concevoir certes comme

* une souffrance, face à la résistance du réel, mais tout autant comme un plaisir quand il est couronné de succès et comme une liberté quand il s’affranchit de la prescription.

Autre référence assumée, celle d’une perspective marxienne d’un travail affranchi de l’aliénation. Sont ainsi identifiés 3 principaux éléments qui donnent au travail son sens : *l’utilité sociale = faire ce qui est utile aux autres et à la société, *la cohérence éthique = le faire en conformité avec les règles de l’art et les valeurs du monde social, *l’accomplissement de soi, à travers l’expérience acquise et l’épreuve surmontée.

Les auteurs soumettent leur problématique à l’épreuve des faits à travers d’enquêtes pluridisciplinaires sur les sorties d’emploi et le malaise au travail qui les ont conduits à creuser la question du sens. C’est à travers des enquêtes statistiques sur les conditions de travail et les risques psycho-sociaux (Enquêtes CT-RPS de la DARES et l’INSEE menées en 2013-16 puis en 2019) qu’ils ont identifié : 

*La relation aux autres (clients ou usagers) qui compte pour beaucoup pour les salariés du care et des services publics, aussi bien en termes d’utilité sociale que de réalisation de soi, et en dépit de conflits éthiques plus fréquents qu’en moyenne.

*Le contexte organisationnel déterminant :  fixation d’objectifs, succession de changements, position de sous-traitance vont de pair avec une perte de sens au travail.

*À l’inverse, quelle que soit la catégorie professionnelle, le risque de souffrir de dépression est bien plus élevé chez les salariés dont le travail a perdu de son sens ; et la probabilité de changer d’emploi est de 30 % plus forte quand le sens manque.

S’ajoute la prise en compte d’une 4ème quatrième composante que les auteurs nomment « remords écologique suite à la question « Avez-vous l’impression que votre travail a des conséquences négatives pour l’environnement ? ». La réponse est positive pour 31 % des salariés et le sentiment de faire « un sale boulot » plus fréquent chez les hommes, les ouvriers et ceux dont les conditions de travail sont pénibles ou risquées, ou l’autonomie limitée. Il est aussi présent chez les cadres de la construction, du commerce, de la recherche ou de la communication.

Thomas Coutrot et Coralie Peres réussissent à nourrir et documenter la question du sens du travail en lui donnant assise conceptuelle et consistance factuelle. Une contribution qui ouvre à la recherche de stimulantes perspectives, notamment pour faire évoluer les enquêtes statistiques sur le travail. Un autre de leurs apports est d’opérer une double jonction : entre expérience subjective et conditions objectives du travail, mais aussi entre nature et culture, quand ils appellent pour finir à ce que le travail « prenne soin de notre monde au lieu de le détruire ».

Pour en savoir plus : Redonner du sens au travail, Thomas Coutrot, Coralie Perez, Editions du Seuil

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