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Transformation du travail, quelle place dans le débat public ? ITV des dirigeants de l’ANACT

Les éléments de réponse d’Hervé Lanouzière, directeur général de l’Agence nationale pour l’amélioration des conditions de travail  -ANACT- et d’Olivier Mériaux, directeur technique et scientifique.

 Quelle place du travail dans les programmes des candidats à la présidentielle ?

* Le travail n’apparait pas au centre des discussions; même si la question de l’emploi prédomine, la vigilance s’impose car le rapport au travail et le désengagement sont des sujets essentiels si l’on veut développer une société dynamique et performante économiquement.

* Le débat public français s’est toujours plus focalisé sur l’emploi et le marché du travail que sur la qualité du travail et les liens entre performance économique et organisation du travail. Cependant différentes études internationales montrent que les pays européens qui ont créé le plus d’emplois sont ceux qui sont bien placés en termes de qualité de l’emploi.

L’émergence du numérique au travail est-elle correctement appréhendée ?

* La réussite de  la transition numérique suppose de traiter à la fois les conditions économiques et la qualité de l’emploi et du travail; ce doit être un moyen d’améliorer les conditions de travail.

*Les solutions  conçues pour  améliorer le sort du client et la productivité de l’entreprise doivent tenir compte des conditions de travail des salariés pour éviter que ceux-ci rejettent cette transformation : le numérique,  appréhendé comme une source de soutien de l’activité des salariés, et en les impliquant dans le choix des solutions techniques, pourra réellement améliorer les conditions de travail et la performance de sorte que tout le monde y ait intérêt.

Le numérique est-il source de nouveaux risques professionnels ? serait-ce une sorte de taylorisme 2.0 ?

* Le numérique est un catalyseur de tendances lourdes, avec des effets d’optimisation accélérés, donc de possibles phénomènes d’intensification, de densification et de rationalisation à l’extrême du travail dans lequel le salarié peut perdre toute marge de manœuvre.

*Le numérique créé des systèmes d’organisation ne permettant pas toujours au salarié de se reconstituer : par exemple, le » voice picking » déployé dans les entrepôts de vente à distance. Il faut en limiter les effets pervers en s’attachant à  la conduite des projets de transformation, à la manière d’associer les salariés très en amont. En outre il ne faut pas sous-estimer l’enjeu d’image-employeur : proposer à ses collaborateurs un environnement de travail comparable à la promesse faite aux clients est un facteur d’attractivité et de fidélisation.

Quels sont les sujets liés au travail dont les partenaires sociaux devraient s’emparer ?

*De nombreux sujets ne sont pas stabilisés: par exemple, en matière de télétravail, les partenaires sociaux pourraient attirer l’attention sur les points forts et les points de vigilance. L’évaluation de la charge de travail et de la déconnexion est aussi un sujet émergent. Le thème des critères de reconnaissance au travail est également important ; un accord interprofessionnel pourrait utilement donner aux entreprises des pistes de réflexion.

La négociation interprofessionnelle doit-elle jouer davantage un rôle d’accompagnement sur ces sujets ?

*Il y a beaucoup d’attentes méthodologiques à l’égard du dialogue social interprofessionnel afin d’aider les branches et les entreprises à négocier sur de nouveaux thèmes: la négociation interprofessionnelle a vocation à accompagner les acteurs sociaux et elle doit outiller ceux qui négocieront localement.

*Les partenaires sociaux devraient être sensibles au fait que le législateur  laisse la possibilité d’expérimenter des solutions nouvelles plutôt que de réglementer a priori. L’attente de positions opérationnelles est aussi forte du côté des entreprises car la responsabilité de l’employeur peut toujours être mise en cause.

Quid du reproche fait à l’ANI sur la QVT  ne pas fixer de normes contraignantes ?

*L’accord QVT de juin 2013 est très innovant même s’il n’a pas de portée pratique immédiate. Il clarifie  ce qu’il faut entendre par qualité de vie au travail : pas seulement des actions de confort (babyfoot, massages,…) mais la manière dont les salariés sont impliqués dans la transformation de l’entreprise.

Quels sont les autres sujets délaissés par le dialogue social ?

*Les partenaires sociaux devraient accompagner les acteurs de l’entreprise sur l’usage des données sociales mises à leur disposition dans l’entreprise pour mener à bien des négociations; cela suppose une bonne compréhension des évolutions et la manière d’utiliser ces données. Les acteurs ne savent pas toujours comment utiliser la BDES : l’ ANACT apporte à cet égard une méthode pour apprendre à croiser les données et les interpréter correctement.

Votre intégration récente au Conseil d’orientation pour l’emploi (COE)  est-elle une avancée pour l’Anact ?

Cela va permettre à l’ANACT d’accéder à l’ensemble des réflexions du COE,  de percevoir ses projections et aussi d’amener son point de vue. Il faut en effet intégrer très en amont que la pérennité, l’attractivité et la soutenabilité de l’emploi passent aussi par les actions sur les conditions de travail.

Pour en savoir plus: Itv Actuel-rh

http://www.actuel-rh.fr/content/il-y-a-beaucoup-dattentes-methodologiques-sur-le-dialogue-social-interprofessionnel

 

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